
Un protocole d'accord signé le 3 novembre
Bull, spécialiste du calcul haute performance, et Schwarz Digits, la division informatique du groupe allemand Schwarz, ont annoncé mardi 3 novembre 2026 la signature d'un protocole d'accord (Memorandum of Understanding) pour bâtir un cloud souverain européen et l'écosystème d'IA qui va avec. L'annonce a été faite simultanément depuis Paris et Berlin. Aucun calendrier de déploiement commercial ni montant d'investissement n'a été communiqué à ce stade : à ce jour, il n'y a donc rien à acheter, ni même de date à inscrire dans un plan d'achat.
L'accord couvre toute la chaîne : les serveurs, les plateformes logicielles et les environnements applicatifs. L'objectif affiché est de permettre aux organisations européennes, en particulier celles des secteurs régulés, de développer et d'exploiter des charges de travail d'IA en gardant données, infrastructures et opérations sous juridiction européenne.
Schwarz Digits apporte son infrastructure cloud STACKIT. Bull apporte son expertise en IA et en calcul haute performance, acquise sur des projets à grande échelle.
Des serveurs d'Angers à la place de marché STACKIT
Les serveurs prévus par l'accord s'appuieraient sur les capacités de fabrication européennes de Bull, notamment son usine d'Angers, dédiée à la production d'IA à l'échelle du rack. Le groupe mettrait aussi à contribution sa technologie de refroidissement liquide à eau chaude (DLC).
Première étape concrète : l'intégration de la plateforme BullSequana AI à la marketplace de STACKIT, pour la rendre accessible aux entreprises et au secteur public dans un environnement ouvert et modulaire. Les deux partenaires prévoient ensuite de concevoir ensemble les serveurs qui équiperont les centres de données.
La feuille de route évoque également la possibilité de proposer à terme des logiciels d'entreprise de l'allemand SAP via le partenariat.
Trois acteurs américains captent 80 % de la croissance du cloud en France
Le contexte de marché explique l'initiative. Le rapport de la commission de l'intelligence artificielle remis au gouvernement rappelle que trois entreprises américaines se partagent 80 % de l'augmentation des dépenses françaises en infrastructures et applications de services de cloud public, chiffre établi pour 2021.
L'adoption du cloud par les entreprises françaises reste par ailleurs en retrait. D'après l'Insee, 19 % des sociétés de 10 personnes ou plus payaient pour des services de cloud computing en France en 2018, contre 26 % dans l'Union européenne. L'écart vient des structures de moins de 250 salariés.
Sociétés de 10 personnes ou plus payant des services de cloud computing (2018)
France ███████████████████ 19 %
UE ██████████████████████████ 26 %
Source : Insee, publication de novembre 2019 — dernières données publiques comparables France/UE.
Attention aux millésimes : les deux indicateurs ci-dessous datent de 2018 et 2021. Ce sont les dernières données publiques disponibles sur ces deux sujets, et elles servent ici à éclairer une annonce de novembre 2026, pas à décrire l'état du marché au jour de l'annonce.
| Indicateur | Chiffre | Date de la donnée | Source |
|---|---|---|---|
| Sociétés françaises (10 personnes ou plus) payant du cloud | 19 % (26 % dans l'UE) | 2018 (publié en 2019) | Insee, novembre 2019 |
| Part des trois acteurs américains dans la hausse des dépenses de cloud public en France | 80 % | 2021 | Commission de l'IA, economie.gouv.fr |
| Entreprises européennes engagées dans le PIIEC cloud | 180, dans 12 États membres | Dernier recensement publié | Ministère de l'Économie |
Une brique de plus dans la stratégie européenne
Le rapprochement s'inscrit dans un mouvement déjà engagé. Le ministère de l'Économie recense près de 60 projets et 180 entreprises européennes issues de douze États membres réunis dans le Projet important d'intérêt européen commun (PIIEC) consacré au cloud et à l'informatique en périphérie de réseau, parmi lesquelles Amadeus, Atos, Orange et OVHcloud.
Côté règles, la doctrine française impose le visa de sécurité SecNumCloud de l'Anssi aux fournisseurs qui hébergent des données sensibles, avec des infrastructures localisées en Europe. C'est ce segment régulé que visent Bull et Schwarz Digits.
Rappelons qu'un protocole d'accord n'engage pas les parties au même titre qu'un contrat signé : la feuille de route décrite plus haut reste, à ce stade, une intention commune.
Ce que ça change pour votre entreprise
Trois points pour un dirigeant qui se demande quoi en faire :
- Ce qui est disponible aujourd'hui : rien de commercialisable. L'annonce est un protocole d'accord, sans offre ouverte à la souscription, sans grille tarifaire et sans date de mise sur le marché. Aucune décision d'achat ne peut s'appuyer dessus pour l'instant.
- Ce qu'il faut vérifier chez votre hébergeur actuel. Deux questions à poser par écrit : où sont physiquement localisées vos données et vos sauvegardes, et sous quelle juridiction opère le fournisseur ? Si vous traitez des données sensibles (santé, données publiques, secteurs régulés), vérifiez si votre prestataire détient le visa SecNumCloud de l'Anssi — et, à défaut, ce qu'il prévoit pour l'obtenir.
- À quelle échéance surveiller l'offre. Le premier signal concret à guetter est l'arrivée effective de la plateforme BullSequana AI sur la place de marché STACKIT, puis la publication d'un calendrier et de tarifs. Tant que ces éléments ne sont pas publics, l'offre reste à classer en veille, pas en appel d'offres.
Côté usages, allo360 propose un assistant vocal IA qui décroche en français 24h/24, prend les rendez-vous pendant l'appel et envoie la transcription (voir les tarifs).
« Avec STACKIT, nous proposons un environnement cloud ouvert et indépendant, qui maintient fermement les infrastructures sensibles et les processus opérationnels sous gouvernance européenne. », Schwarz Digits, division informatique et numérique du groupe Schwarz.
Sources (7)
- L'Usine Digitale
- Bull and Schwarz Digits, a Franco-German alliance for Europe's digital sovereignty (communiqué)
- Bull et Schwarz Digits, une alliance franco-allemande pour la souveraineté numérique de l'Europe
- Cloud computing et big data : la dématérialisation au service des sociétés européennes
- IA : notre ambition pour la France (rapport de la commission de l'IA)
- Cloud : cinq nouveaux dispositifs pour soutenir le développement du secteur
- Sécurité, performance et souveraineté : les enjeux de la stratégie cloud du Gouvernement


